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Anne Lauvergeon : “L’innovation est enfant de bohème”

Ce 2 décembre, le concours mondial d’innovation, Innovation 2030, sera officiellement lancé en présence de François Hollande. Mais la France peut-elle encore innover ? Dans un climat de french-bashing ambiant, à l’international comme dans l’Hexagone, Anne Lauvergeon, PDG de ALP et présidente de la commission Innovation 2030, répond évidemment par l’affirmative. Entretien sur ce thème mais aussi sur son parcours et sa vision du management. Propos recueillis par Aline Gérard.

Vous lancez le 2 décembre un Grand concours mondial autour des 7 ambitions définies dans le rapport, quel est l’objectif de ce dispositif ? S’agit-il de donner une impulsion ?
Oui, et c’est même plus. C’est donner une impulsion et des moyens. Parallèlement, nous avons un travail sur comment lever un certain nombre de freins réglementaires, législatifs sur ces ambitions. D’un point de vue très pratique, il s’agit d’allier l’action à notre travail. Pour définir les 7 ambitions, nous n’avons pas travaillé seuls, nous avons auditionné un certain nombre de gens, c’est donc vraiment de l’intelligence collective et collaborative.

Anne Lauvergeon © Reuters

Anne Lauvergeon © Reuters

Pour paraphraser une expression bien connue, la France n’a toujours pas de pétrole mais a-t-elle encore des idées ?
C’est un des slogans qui résonne effectivement encore fort chez les Français et que j’ai beaucoup utilisé en tant que présidente d’Areva. Oui, bien sûr, la France a des idées ! Elle a même beaucoup d’idées, d’entrepreneurs, de gens qui bougent. Si j’avais le moindre doute là-dessus, je n’en ai plus après le travail que nous avons fait sur la commission Innovation.

Puisque nous avons des idées, où le bât blesse-t-il selon vous ?
Votre question traduit justement une réaction assez classique. Pourquoi le bât blesserait-il ? Il y a des choses qui marchent en France. Il n’y a pas que des bâts qui blessent. Je comprends le dolorisme par rapport à une France qui est souffrante mais il y a aussi beaucoup de choses qui fonctionnent. Et qui fonctionnent bien.

Un récent sondage (Ifop pour Métro News) révélait en octobre que les Français citaient le tourisme et la gastronomie comme les principaux atouts de leur pays. Les technologies de pointe n’arrivant qu’en 3e position. Les Français eux-mêmes y croient-ils ? Comment interprétez-vous cette valorisation de secteurs très classiques ?
Très classiques, oui et non ! Prenons l’exemple de la gastronomie. L’une des sept ambitions stratégiques pour la France concerne les protéines végétales et la chimie du végétal. À travers le monde, nous devrons manger demain davantage de protéines végétales. Ce qui suppose de les produire, de les transformer par l’agroalimentaire mais aussi, et il s’agit là d’innovation culinaire, de savoir les accommoder de manière attrayante pour que les gens en mangent plus. Je pense que la cuisine fait partie de nos forces.

La tradition ne s’oppose donc pas à la modernité ?
Je pense qu’il faut arrêter de séparer des lignes de force, avec d’un côté ce qui serait technologique et de l’autre ce qui ne le serait pas. Regardez par exemple la place du numérique dans les problématiques du tourisme que vous évoquiez. Elle est de plus en plus grande. Essayer de séparer une France traditionnelle, d’une France technologique n’a pas grand sens. D’ailleurs, l’erreur que nous avons faite historiquement a été d’opposer une France agricole à une France industrielle, une France industrielle à une France de sociétés de service. Ce sont des séparations assez arbitraires et je pense que nous allons avoir besoin de tous et de toutes. – See more at: http://www.courriercadres.com/carriere/gestion-de-carriere/anne-lauvergeon-l-innovation-est-enfant-de-boheme-02122013#sthash.wwKFgHKN.dpuf

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